10 mesures pour renforcer les systèmes de protection sociale afin de mettre fin au travail des enfants en Amérique Latine et les Caraïbes

10 de juin de 2022

Journée mondiale contre le travail des enfants

Comment la protection sociale peut-elle contribuer à la lutte contre le travail des enfants ? Un appel urgent dans le cadre de la Journée mondiale contre le travail des enfants 2022, le 12 juin.

Lima - Il existe un lien inextricable entre la protection sociale des familles et le droit des enfants et des adolescents à ne pas être soumis au travail des enfants. Cependant, un récent rapport de l'OIT et de l'UNICEF a mis en garde contre un écart important dans la couverture de la protection sociale, puisque seulement 26,4 % des enfants et des adolescents dans le monde, et 41,5 % en Amérique latine et dans les Caraïbes, ont accès à une couverture de protection sociale efficace.

Il est de la responsabilité des gouvernements de déployer une série de mesures pour promouvoir la protection sociale afin d'atteindre à la fois les ménages qui ont des enfants qui travaillent et ceux qui sont vulnérables au travail des enfants. Selon l'étude, si les décideurs politiques n'agissent pas de manière décisive, la pandémie de COVID-19, les conflits en cours, la pauvreté croissante et le changement climatique pourraient accroître la prévalence du travail des enfants.

Le rapport affirme que pour parvenir à l'élimination du travail des enfants, il est indispensable d'adopter une approche systémique et des politiques efficaces qui renforcent les systèmes de protection sociale, l'éducation et les possibilités de travail décent pour les mères, les pères et les personnes qui s'occupent des enfants afin de s'attaquer aux conditions qui favorisent le travail des enfants.

Quelles mesures devons-nous prendre dans la région Amérique Latine et les Caraïbes pour renforcer les systèmes de protection sociale afin de mettre fin au travail des enfants ?

1. Produire des statistiques : la collecte et l'analyse de données sur les ménages et la mesure dans laquelle leurs droits sont respectés sont essentielles pour prendre des décisions fondées sur des preuves concernant le travail des enfants.
2. Disposer de registres sur les familles vulnérables : identifier les besoins des familles et savoir où elles se trouvent permettra aux mesures publiques de toucher réellement tous les ménages, en concevant des mesures ciblées pour les plus vulnérables.
3. Mettre en œuvre le Modèle d'Identification du Risque de Travail des Enfants (MIRTE) : l'Initiative Régionale Amérique latine et les Caraïbes sans travail des enfants* a mis au point un instrument permettant de prédire la probabilité du travail des enfants dans les territoires, ce qui permet de concevoir de meilleures stratégies pour traiter et interrompre l'émergence du travail des enfants. La mise en œuvre de cet outil au sein des politiques publiques est un moyen de raccourcir le chemin vers la réalisation de la Cible 8.7 de l'Agenda 2030 (qui appelle à mettre fin au travail des enfants sous toutes ses formes), en optimisant les ressources existantes dans chaque pays et à coût zéro.
4. Reconnaître la lutte contre le travail des enfants comme une priorité nationale : la volonté politique à tous les niveaux du gouvernement est essentielle pour que les mesures de lutte contre le travail des enfants soient viables de manière agile, efficace et coordonnée.
5. Budget pour les mesures de lutte contre le travail des enfants : Avec les ressources disponibles, il est possible d'améliorer la prise en charge et d'accroître l'impact de la prise en charge des enfants et des adolescents soumis au travail des enfants et de leur famille, ou de ceux qui risquent de l'être.
6. Contrôler la relation entre l'abandon scolaire et le travail des enfants : Il existe une relation très étroite entre le travail des enfants et l'abandon scolaire, car les deux activités sont en concurrence en termes de temps et d'effort. Dans de nombreux cas, les enfants et les adolescents qui s'adonnent à ces deux activités en subissent les conséquences en termes de résultats scolaires, prennent du retard à l'école ou sont contraints d'abandonner l'école. Il est donc essentiel de suivre activement les cas d'abandon, d'examiner leurs causes et d'associer ces cas à des mesures de restitution de leurs droits.
7. Promouvoir un travail décent pour les adultes : dans les ménages dont les revenus et les services sont instables, les enfants et les adolescents sont plus susceptibles d'être poussés à travailler. Il est donc essentiel que le travail décent soit un droit qui touche tous les adultes, qui sont responsables du maintien des revenus du ménage.
8. Soutien aux mères qui travaillent : dans les pays de la région, ce sont les femmes qui consacrent le plus de temps aux soins et aux travaux d'entretien du foyer ; or, l'accomplissement de ces tâches constitue l'exercice d'un travail non rémunéré qui, dans la plupart des cas, a un impact sur le travail rémunéré. En conséquence, de nombreuses femmes qui travaillent éprouvent des difficultés à accomplir leur travail au même niveau que les autres femmes et hommes sans enfants. La promotion de l'égalité d'accès et du maintien d'un travail décent est essentielle pour renforcer la stabilité des ménages.
9. Articuler les politiques en faveur des enfants et des adolescents avec les politiques de prévention et d'éradication du travail des enfants : vivre sans travail des enfants est un droit qui correspond à tous les enfants et adolescents ; et cet objectif doit être inclus dans les politiques de promotion des droits des enfants et des adolescents. Intégrer des mesures destinées à cette population signifie optimiser les ressources financières et humaines et offrir aux enfants et aux adolescents de meilleures opportunités de développement.
10. Mettre l'accent sur les adolescents, qui risquent davantage d'abandonner l'école en raison de leur entrée sur le marché du travail : les adolescents sont souvent considérés comme des personnes préparées à la vie adulte ; toutefois, en raison de leur proximité avec l'âge de la majorité, ils constituent un groupe auquel il convient d'accorder une attention particulière, car ils courent le plus grand risque d'abandonner l'école. En ce sens, les programmes qui intègrent les adolescents sont essentiels pour éviter qu'ils n'interrompent leur parcours éducatif et leur permettre d'accéder à des emplois offrant de meilleures conditions à l'âge adulte, brisant ainsi le cycle de la pauvreté.

Le travail des enfants est une réalité complexe qui résulte d'une multiplicité de causes ; il nécessite donc une articulation sectorielle afin d'être abordé de manière globale. La mise en œuvre d'une approche intersectionnelle du travail des enfants est cruciale non seulement pour réduire les taux de travail des enfants, mais aussi pour s'assurer que les populations les plus invisibles ne sont pas exclues du progrès : les filles et les adolescents, les peuples autochtones et d'ascendance africaine, les familles migrantes, entre autres.

Que pouvez-vous faire pour rejoindre le mouvement mondial contre le travail des enfants ?

1. En tant qu'autorité : générer des politiques et des initiatives qui contribuent à la protection sociale des familles, à un travail décent pour les adultes et à l'accès à une éducation de qualité.
2. En tant qu'entreprise : construire des chaînes d'approvisionnement qui promeuvent les droits de l'homme et sont exemptes de travail des enfants.
3. En tant qu'organisation de travailleurs : contribuer à la sensibilisation et à la recherche sur le travail des enfants.
4. En tant que consommateur : recherchez la provenance des produits et services à consommer ; privilégiez l'achat d'articles exempts de travail des enfants.
5. En tant que collectivité : dialoguez avec votre environnement immédiat sur la question, soutenez la diffusion des campagnes, dénoncez les cas de travail des enfants.

Nous vous encourageons à faire passer le mot ! Le travail des enfants est une réalité qui n'est pas forcément visible aux yeux des gens. Il est fondamental d'introduire cette question dans vos espaces professionnels, universitaires et sociaux pour sensibiliser les collectivités à ce problème. Partagez dans vos réseaux sociaux le matériel élaboré pour les pays d'Amérique latine et les Caraïbes.

*L'initiative Régionale Amérique Latine et les Caraïbes est une plateforme impulsée par 30 pays de la région (gouvernements, organisations d'employeurs et organisations de travailleurs), avec le soutien de l'OIT, de l'Agence espagnole de coopération internationale au développement (AECID), de l'Agence andalouse de coopération internationale au développement (AACID) et du département du travail des États-Unis (USDOL).

Il n'y a pas encore de commentaires.

Commentaires